Jean-Luc Toussaint

toussaint - portrait

DÉMARCHE ARTISTIQUE :

L’atelier d’un homme qui travaille le fer, d’un ferrailleur-modeleur, n’est pas un lieu propre et ordonné, c’est une tanière. L’homme du feu mène un combat singulier pour transformer la matière et lui donner vie, son lieu de travail est un antre surchauffé, couvert de poussière et de suif, faiblement éclairé par le feu incandescent d’une forge.

L’atelier rassemble une foule d’objets hétéroclites qui jonchent le sol, encombrent les établis et qui finalement s’associent dans un but unique : la transformation et le modelage d’objets métalliques de récupération. Magie de la cohabitation et cohésion des éléments.

Le métal que l’on croit froid et inanimé se plie, se tord, il bouge telle une bête en gestation qui veut sortir du ventre de sa mère. Barres, plaques, tubes métalliques, engrenages, vieux outils, domptés par la frappe impitoyable du marteau, soumis aux étirements de bras et de mains puissantes, donnent naissance à des formes connues et familières.

ToussaintL’atelier au sol encombré de tas de ferrailles devient le centre du monde. Le lieu d’intérêt unique de l’artiste au travail. Foyer de méditation, de réflexion et de labeur. Univers inquiétant et bruyant où le tintement métallique et cristallin du marteau qui s’abat sur l’enclume, le son criard d’une disqueuse qui entame la matière ou le crépitement saccadé de l’électrode qui soude le métal, réveillent les génies qui dormaient, insouciants. Le fer parle et s’exprime, il se révolte parfois pour tenter d’échapper à son maître. L’atelier devient alors une toile où l’outil se transforme en pinceau avec lequel l’artiste reproduit le dessin qu’il a dans la tête.

Travail qui demande de la concentration, de la force et du talent. Toute cette énergie physique et mentale s’allie au feu, au fer et à l’eau pour faire naître une forme de vie, un objet d’art qui fascine et qui confère au ferrailleur-modeleur toute sa noblesse et sa magie créative.

CONVERGENCES CARAIBES 2013 :

Installation représentant un mini atelier du ferrailleur modeleur, encombré de pièces métalliques diverses de récupération (engrenages, vieux outils, pièces auto) et d’outillage hétéroclite (poste à souder, pots de peinture, sac de charbon de forge). Le centre de gravité est la forge à charbon entourée d’une l’enclume et d’un étau sur pied où est fixé un coq en confection. Dans le coin gauche un diable rouge de métal, gardien des lieux surveille l’atelier. Une poupée Ashanti symbole de la protection assiste de diable rouge.

Dans le fond droit, un coq repose sur un pied métallique. Sur l’enclume reposent un gros marteau et des livres techniques sur le travail du forgeron. Le centre de la forge à charbon est occupé par des pinces et un marteau de forgeron. En avant de l’atelier une petite table basse est encombrée de gants en cuir, de baguettes de soudure et de dessins et croquis.

Côté gauche un stroboscope éclaire la scène de sa lumière saccadée rappelant le scintillement de la soudure. Côté droit deux spots rouge et jaune éclairent l’enclume et la forge.

Dans le fond, sur le mur un kakemono présente l’artiste.

L’atelier ainsi reconstitué est limité de chaque côté par deux panneaux sur lesquels est fixé un affichage : les forgerons africains, l’acier et ses origines, les coqs de combat.

Fond sonore : bruits de martellement, d’outils au travail

Nom de l’installation : l’antre du diable rouge